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 JEAN GABORIT : BOTTIER EQUESTRE

Il s’appelle Jean GABORIT. Il a 67 ans. A la base, ce n’est pas lui que je viens voir, mais les gens que j’ai rencontré au Salon de l’Agriculture. En effet, pour mes investigations, j’ai été amené à le sillonner dans tous les sens, et plus précisément le hall 2, celui des chevaux. Et là, à côté d’Equiwest, se trouve un stand de bottes, ce qui tombait pile puisque à la fois je cherchais des bottes, et un bottier pour parler de son métier. Il ne me resta alors qu’à prendre rendez-vous. Il fut décidé de ma visite lors d’un voyage vers Poitiers. Laurence (La fille) nous reçu, et pour parler de son métier, elle nous « mit » dans les griffes d’un certain Jean.

Le début ne fut pas facile (il fallut montrer pattes blanches), et peu à peu, Jean GABORIT se livra et j’ai pu, pour vous, découvrir son métier et ce personnage hors du commun. Exceptionnellement, il ne s’agit pas d’un métier de cheval et lui-même ne parle pas d’équitation, mais les métiers du cuir, de la chaussure et des bottes équestres nous semblaient intéressants.

Il a 11 ans quand son père décède et il décide alors de travailler avec sa mère. Il est fier de dire qu’il a créé ses premières « galoches» à cet âge. Son choix est déjà de devenir bottier et poursuivre l’entreprise qui existe depuis 1917. A cette époque, l’école est moins structurée et la fin du premier cycle est sanctionnée par le certificat d’études primaires que l’on passe entre 12 et 14 ans : « je voulais faire une école très connue qui permettait de tout savoir sur le métier, du début à la fin. Je suis passé par un CAP de patronnier et modèles et ensuite par l’école Saint Gabriel qui permettait l’obtention du brevet des industriels de Sholtès ». A 16 ans, il créé sa première collection appelée « Copacabana ». Il en vendra 8000.

Le 1er janvier 1963, il se met à son compte et embauche son frère (qui ne l’a quitté qu’il y a peu, puisqu’il est décédé) et un ouvrier. Entre temps, il est parti faire le militaire en Algérie « j’ai d’ailleurs réussi à vendre des galoches là-bas que j’ai fait fabriquer par notre usine familiale ». Il aura jusqu’à 20 ouvriers, puis il fait construire une nouvelle usine à Boupère où il travaille actuellement « nous avons eu jusqu’à 80 ouvriers, et plusieurs points de vente, dont 3 magasins à Paris ». C’était la période faste. Il côtoyait alors les grands de la mode, ses créations de modèles passaient sur les journaux de mode les plus prestigieux. Aujourd’hui, les affaires marchent moins bien, les gens achètent moins chers, la grande production et les délocalisations cassent le marché : « ce ne sont pas les seuls problèmes. On ne trouve plus d’apprenti, plus d’ouvrier, les gens ne veulent plus travailler autant. Or, pour faire du sur-mesure, des fabrications faites main, il faut du temps".

Aujourd’hui, Jean continue de créer des modèles : « je ne sais pas d’où vient le nouveau modèle, il est une part de moi et de l’attention que je porte à toutes les formes de chaussures. Je reconnais au premier coup d’œil de quoi il s’agit ». Il travaille avec sa fille et son gendre, qui se chargent d’écouler la production sur les salons ou de trouver des clients pour du sur- mesure. Cette équipe choc a mis sa production en ligne (Internet) une nouvelle façon de vendre : « nous avons des clients dans plus de 54 pays (50% aux Etats Unis). Malheureusement, le 11 septembre 2001 a réduit à néant le commerce entre les deux pays. Mais, nous recevons quand même jusqu’à 300 émails par jour ».

Ils fabriquent des bottes d’équitation depuis 7 ans et ça ne marche pas si mal sauf « que la clientèle cheval n’est pas facile. Jamais contents, les cavaliers ne payent pas toujours quand il faut". Ils fabriquent également des bottes pour les spectacles. C’est ainsi qu’ils fournissent le Puy du fou, Disney, les chasseurs à courre, le théâtre, la mode….

Pour ce qui concerne les jeunes, il est réaliste et froid : "il faut beaucoup d’années d’apprentissage pour devenir un bon ouvrier. De plus, il y a beaucoup de métiers dans ce métier (dessiner, faire les patrons, faire les formes, travailler le cuir, découper, piquer ..). Il n’y a plus beaucoup d’école (une demi-douzaine au maximum) il ne connaît que l’AFPIC à Chalais, ou encore Joël ALBERT à Saumur qui prend des apprentis, sans oublier les compagnons du tour de France. « je ne vois pas comment on pourrait renverser la tendance. Et puis, il faut le dire, les Chinois savent faire des chaussures aussi bien que les nôtres pour beaucoup moins cher. J’ai d’ailleurs tenté de m’associer avec des gens de Chine mais ça n’a pas marché. Il y a beaucoup de fabricants qui ferment (dépôt de bilan). Je ne sais pas ce que ça va devenir une fois qu’il n’y aura plus du tout d’ouvrier ».



Gilbert DE KEYSER

Crédit Photos : Karine MERIENNE


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