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INTERVIEW VICTOR LE SAOUT


Il s‘appelle Victor LE SAOUT, dit TOTOR. Il a 67 ans et on peut dire qu’il n’a jamais tutoyé le monde en dehors de son Ile. Bien entendu, il a traversé l’espace entre l’Ile de Batz (l’île en question) et Roscoff la ville d’en face. Même, il est allé dans sa jeunesse récolter des betteraves dans le Nord de la France en compagnie de 40 personnes (toujours de son Île) mais en réalité sa vraie vie c’est ici.




L’île de BATZ, c’est un endroit de 4 km sur 1 km, en face de ROSCOF, au milieu de la Manche et c’est le paradis. Une centaine de maisons occupent le milieu de l’île, puisque de part et d’autre, les jardins maraîchers se succèdent. Pas de voiture, seulement quelques tracteurs car on y cultive des légumes réputés. On trouve également, une trentaine de bateaux de pécheurs ainsi que 4 goémoniers Chacun aura compris donc que cette île est surtout peuplée d’agriculteurs. Mais ça ne suffit pas pour faire bouillir la marmite toute l’année et ceux qui cultivent le sol deviennent marin et goémonier le reste de l’année. C’est ainsi que Victor LE SAOUT ramasse, aux bonnes époques, les algues. C’est un dur métier, qui démarre dés le matin lorsque le phare s’éteint « En fait, notre signal dés début et de fin de journée, c’est le phare puisqu’il s’allume et s’éteint lorsque le jour se lève ou se couche. Nous partions à 2 ou 3 et toute la journée on récoltait le goémon que l’on chargeait sur une charrette tiré par une jument de trait, qui d’ailleurs n’aimait pas tellement rester dans l’eau ».


Nous sommes dans les années 1930, et il n’est pas si facile de vivre de la pêche ou des algues. Victor passe ainsi sa vie d’enfant, partagé entre l’école, directement sur l’île et ses activités agricoles ou maritimes. Ce sont encore des bateaux à voile qui font la traversée entre l’île et Roscoff. C’est ainsi que les légumes cultivés sue l’île se retrouvent au marché de Saint Paul de Léon. Rapidement, Totor se retrouve à la ferme et s’occupe des animaux, de l’agriculture et bien sur du goémon. Il a déjà des affinités avec les chevaux
« je me rappelle que j’avais 32 ans lorsque je suis parti pour la première fois. Je suis parti travaillé dans la marne pour ramasser des betteraves, en compagnie d’autres îliens. C’était bien mais j’étais mieux dans mon île ».

Il fera toutes les campagnes pour le ramassage des algues, qui s’effectué à marée basse. On allait alors sur la grève, armé d’un espèce de râteau en bois, et on tirait les algues. Ensuite il fallait les charger sur le bateau et les amener sur la cote pour les faire sécher :
« Évidemment on passait la plupart du temps les pieds dans l’eau. Ce sont les femmes de la maison qui se chargeaient d’étendre le goémon pour le faire sécher sur les dunes ». Les goémoniers gagnaient bien leur vie, ,environ 500 F la tonne. Victor s’est spécialisé dans le cheval, et il est donc devenu éleveur, pour son usage et pour celui des autres. Il est devenu le Monsieur cheval de l’île de Batz. Pendant toute sa vie, il a donc chargé le goémon à tour de bras, du matin au soir, les pieds dans l’eau sans jamais se plaindre. Cette vie lui convenait parfaitement jusqu’à sa retraite qu’il a obtenu à l’age de 55 ans.

Sa passion reste le cheval. Depuis tout petit il s’en occupe. Il faut dire que c’était l’outil le plus important. Il en a vu passer beaucoup mais il se souvient du premier, « Bichart ». La dernière c’était Lisette , celle qui ne tenait jamais en place les pieds dans l’eau. « je me souviens des courses de chevaux de trait sur la grève. C’était drôlement beau. Et puis il y avait également le boulanger, ou le charbonnier dont le cheval connaissait tellement bien le chemin, que quant le meneur était saoul, il retrouvait la maison tout seul. Il est même arrivé que la charrette se renverse, le cheval ne bronchait pas et on entendait une voix qui venait de dessous la charrette mais on ne le voyait pas. C’était une belle époque même si c’était dur ».

Aujourd’hui, les chevaux ont disparu, bien qu’il en reste une centaine car les terrains sont tellement petits que c’est la seule solution pour travailler les jardins. Ce sont les bateaux qui vont directement chercher les algues. Les goémoniers modernes sont avant tout des marins pécheurs. Ils ont des bateaux plus grands et passent par des formations et diplômes professionnel. Il faut passer un CAP ou un BEP de matelot pour être marin. En revanche pour être patron, il fut en plus passer une capacité pour la conduite de bateau de 150 chevaux (8 mois). Évidemment il est nécessaire de posséder un permis de conduire les bateaux. « En tout cas, je crois que l’on ne peut plus vivre du seul produit de la vente des goémons. Et puis, il me manquerait les chevaux ».

Gilbert DE KEYSER

 

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