|
Peut être faudrait-il rappeler la responsabilité des
journalistes dans l'image phantasmatisée des métiers
liés au cheval véhiculée auprès des
jeunes ?
Dans son hors série n°8,
Cheval Magazine nous propose un guide des métiers du cheval.
Cette initiative n’est pas originale puisque de nombreux guides
et journaux équestres font déjà la une et recette
sur un thème qui devient un « marronnier journalistique
». Assurément, est-il nécessaire d’informer
sur des métiers autant séduisants que difficiles d’accès,
ingrats dans leur exercice, et en général insuffisamment
rémunérés ?. Pourtant, nous ne pouvons que
nous interroger à la lecture des informations diffusées
qui colportent une réalité inexacte sur les métiers
du cheval tant sur la formation, la rémunération,
l’accès et les débouchés.
Ainsi, l’article page 12 évoque les nécessités
de mobilité, d’adaptabilité professionnelle
qui touchent tous ceux qui veulent évoluer dans leur parcours
professionnel, qui n’ont pas la sécurité d’emploi,
ou sont en recherche d'un boulot tout simplement. Dans le contexte
économique en mutation et dans celui du travail où
il est complexe de se faire une place au soleil, les conseils ne
seraient pas inutiles. Cependant, il est étonnant que Cheval
Magazine, le plus sérieusement du monde, nous propose la
tendance suivante :
« Quitte à devoir changer
d’emploi ou de secteur professionnel, pourquoi ne pas en profiter
pour se lancer dans les métiers du cheval ? Voilà
une bonne manière de chasser la routine et de conjuguer efficacement
votre passion avec votre profession ».
Nous souhaiterions que les journalistes nous indiquent les chiffres
et statistiques qui nous démontrent que les métiers
du cheval sont devenus des métiers d’avenir à
part entière. Dans les vingt dernières années,
aucun chiffre et rapport, aucun professionnel équestre, aucun
syndicat spécialisé et généraliste,
aucun salarié du cheval, ne montrent une tendance favorisant
l’emploi dans le domaine équestre. Nous pourrions même
ajouter que beaucoup d'entreprises ou associations équestres,
exerçant la plupart du temps leurs activités au sein
de petites structures sont touchées de plein fouet par les
difficultés économiques que subissent déjà
les mondes tertiaire et industriel.
Par ailleurs, le changement incessant des dernières années
de la nature des diplômes, de leurs homologations, de leur
validité, des organismes officiels les délivrant n’a
fait qu’affaiblir la stabilité, la bonne santé
et le nombre des professionnels du cheval. Que l’on puisse
conseiller à des spécialistes du cheval (ou à
des passionnés ayant un savoir technique et une expérience
avérée dans ce domaine) d’exercer un métier
équestre en complémentarité d’un autre,
beaucoup plus sûr, est, pourquoi pas, une suggestion permettant
de développer l’utile et l’agréable.
Mais, faire croire à des parents angoissés sur l’avenir
de leurs adolescents qu’il existe des débouchés,
ou laisser des professionnels d’autres domaines utiliser les
fonds de formation (CIF ou autres) pour une reconversion plus qu’incertaine
vers les métiers du cheval est sans doute une escroquerie
intellectuelle.
Si l’article conclut, «
pour autant le jeu en vaut la chandelle »,
à moins que l’on ne veuille la brûler par les
deux bouts, nous préférons l’exactitude de la
dernière phrase quant à l’avenir professionnel
des métiers du cheval, «
alors accrochez-vous ! »
Caroline DEGLISE
|