
Nous sommes en 2002, au mois de janvier, plus précisément au salon du cheval d’Avignon. Dans une salle de presse animée, le Sud n’a de leçon à recevoir de personne pour ce qui concerne l’accueil et la convivialité, apparaissent une femme magnifique et son garde du corps de mari, Rémy et Jenny Largilière. Ils venaient parler d’une nouvelle activité qu’ils mettaient en place : le dressage artistique. Evidemment, les puristes du dressage classique se gaussaient, encore un trublion iconoclaste voulant révolutionner le monde du cheval. Finalement, il fallait comprendre que ce n’était pas le cas, et que l’intention de Rémy était seulement de rendre le dressage équestre plus proche de l’art et moins prisonnier des contraintes équitantes de l’équitation française. Plus d’imagination, de liberté, un jugement se portant tout autant sur les postures équestres que sur la tenue du cavalier et du cheval, sur l’expression des corps, sur la musique et son adéquation avec la chorégraphie.
Jenny vient de l’équitation classique et Rémy du monde du spectacle (Hasta Luego). Il a commencé à se produire très tôt. C’est un des premiers à avoir fait monter un poney sur une planche en équilibre. Et puis il y a un premier spectacle à Beaucaire, avec Jenny « la chose la plus importante de ma vie » dit Rémy. Sans doute fûmes-nous les premiers à nous intéresser à cette discipline et nous n’avons pas hésité à faire un portrait de Rémy sur le site des métiers du cheval. Il lui aura fallut des années de persévérance et de coups de force pour obliger cet environnement équestre figé et sclérosé à le regarder et le public à s’intéresser à cette nouvelle façon de se mouvoir à cheval.
Aujourd’hui, les choses ont changées. Des spectacles, Albi, Paris, Béziers, Internet et des vidéos sur les entrainements de jenny ont fait démarrer un vrai succès international. C’est ainsi qu’elle a des fans Club dans tout le monde y compris aux Etats Unis. Ce qui aujourd’hui fait sa force sont sans doute les forums. Des remarques, des félicitations et surtout un échange sur cette nouvelle activité artistique. « Le dressage artistique doit être la musique des yeux » dit Rémy, « il faut qu’un spectacle soit magique, que l’on oublie la technique. Elle essaie de produire du tonique alors que l’on veut de l’artistique ».
C’est ainsi que pour la première fois en France, cela s’est passé à Montpellier, fut organisé le championnat de dressage artistique 2008. Onze amateurs et six professionnels se sont affrontés individuellement mais dans des niveaux différents. Chacun était libre des costumes, de la chorégraphie, de la musique comme du matériel équestre. Evidemment il en était ainsi pour les chevaux et l’on a vu enfin des chevaux arabes dans un concours de dressage. Celui de Yasmine a 7 ans, il s’appelle Sai el Nedj et il ne fait pas de doute que son père Jasir el arab et sa mère Azrou el nedj auraient été fiers.
En définitive, ce premier concours fut une réussite non pas par le nombre de participants mais du fait du travail de tous pour présenter un beau numéro, harmonieux et fluide. En revanche ce concours a été l’occasion de faire le point sur le dressage artistique, sur la difficulté qu’il y a à se décaler des modèles classiques, sur la problématique pour les juges de se débarrasser de la technique équestre. « Sans doute faudra t-il des juges formés à ce type de concours au risque sinon de ne juger que l’aspect technique équestre. Il faudra qu’ils connaissent toutes les disciplines, toutes les équitations. Par ailleurs, il faudra sans doute modifier le protocole et certaines parties du règlement. Nous allons également mettre en place des stages de formation au dressage artistique » termina Rémy Largilière.
Finalement ce qui n’était qu’une idée est devenu une réalité incontournable. Dans ce monde équestre structuré et rempli de certitudes, ou tout est codifié et immuable, une autre façon de vivre le cheval et l’équitation de dressage est née et tant pis pour les incrédules : heureusement qu’il existe quelques créateurs, libres de toutes contraintes qui ouvrent les portes de l’équitation à l’art, tout simplement.
Gilbert DE KEYSER
Crédit photos : Fleur TENE
